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décembre 19, 2009

Dans le principe 17-12-2009

Je me sens apatride de bien des façons et ne m’inscris pas unilatéralement au sein d’un courant plutôt qu’un autre. Ce serait mentir que de ne pas avouer une affection toute particulière pour le hassidisme. Sans haine aucune, ni rancœur pour les autres courants. Je connais si peu là où il y a tant à savoir. Une seule chose importe pour moi, je vous la livre sous forme de conte.

Un grand rabbin, dont le nom est perdu dans ma mémoire, un jour qu’il enseignait, posa cette question à ses élèves : « Quelle fût le plus grand drame qu’ait connu le peuple juif ? ». Chacun avança sa réponse. L’un dit la Shoah. L’autre la deuxième destruction du temple, l’esclavage en Egypte,… Mais à chaque fois le maitre opposait un non catégorique. Lorsque chacun fût à cour d’argument, il prit la parole. Ce n’est rien de tout cela mes enfants. En réalité, c’est le jour où la Torah est devenu une religion. »

C’est ici un peu le thème. La torah, les cinq premiers livres de l’ancien testament sont une grille de lecture à mes yeux. Un traité psychanalytique de la psyché humaine écrit il y a fort, fort longtemps. Philon d’Alexandrie, trente ans déjà avant que l’on décida de compter les années, le prétendait : « Est-ce là une réalité historique ? Peut-être. Mais c’est avant tout un conte qui doit être lu comme tel. » Une carte routière de ce par quoi nous passons en terme d’étapes, d’enseignements, tout au long de notre vie d’humain. Les embuches susceptibles d’être rencontrées sur notre chemin de vie, les ornières qu’il est préférable  d’éviter. C’est un miroir de l’âme et c’est un grand pouvoir que de connaître l’âme humaine. Ce pouvoir peut être au service de chacun d’entre nous. Ce cadeau, nous pouvons nous le faire. Je vous invite à vous poser chacun, individuellement, à vous poser une simple question. Répondez-y franchement, dans le secret de votre cœur. Sur une échelle de 1 à 100, cent étant le plus haut degré de réalité pour vous, à combien évaluez-vous cette affirmation : « Je suis la seule autorité valable, pour moi, dans cette vie. ». Eh oui, nous avons tous ce pouvoir, nous sommes même peut-être beaucoup à penser en user, voir en abuser, sans commune mesure. Malgré tout, nous cédons régulièrement cette autorité à un autre, aux autres. C’est lorsque nous nous conformons à des attentes n’étant pas les nôtres. Lorsque nos réflexions ne sont pas les nôtres. Les exemples sont nombreux, nul besoin de dresser une liste exhaustive. Ce comportement est souvent adopté pour se sentir moins coupable, moins responsable. Avez-vous remarqué à quel point ces deux mots sont si mal assortis ? Ils sont si souvent conjugués ensemble à la manière d’une fatalité. Eh bien on vous a menti. Lorsque ces deux mots sont associés, c’est souvent lorsque l’on souhaite manipuler sans ruse, sans originalité.

La sacro sainte culpabilité. J’entends souvent dire autour de moi qu’il s’agit d’un héritage de notre éducation judéo-chrétienne. Judéo-chrétien ne veut pas dire grand-chose dans mon système de croyance, si ce n’est de rappeler que le christ était Juif. La culture Juive et la culture Chrétienne sont très différentes. J’étudie la première depuis environ dix ans, j’ai grandi dans l’autre. Nous partageons un livre sacré mais ne le lisons pas de la même manière. Le concept de péché, au sens où nous le connaissons, n’existe pas dans le judaïsme. Le mot faute est plus généralement entendu comme étant « manquer la cible », se « tromper ». L’erreur est un moyen, le but en soi est d’apprendre. Ce n’est en rien un poids, ni un fardeau. C’est tout au plus une valise vide trainée derrière soi à laquelle nous accordons tout le poids que nous voulons bien lui donner.

C’est l’histoire d’un homme, d’une femme. Ils sont debout sur le quai d’une gare. Ils portent une valise, ils attendent le train. Tout à coup, l’un d’entre eux dépose la sienne, sans que l’on sache pourquoi, sur le sol, l’ouvre, et se rend compte qu’elle est vide. L’autre fasciné par ce qu’il venait de voir, se dit qu’il en va peut-être de même dans son propre cas. Émerveillé tellement qu’il ne voit pas le train partir, ni la valise abandonnée sur le quai, et garde la sienne, bien serrée la main pour ne pas la perdre…

Il est fort dommage que l’Eglise soit le bouc émissaire de toute cette histoire. Nous n’avons en réalité hérité de rien. Nous avons choisi la valise vide par confort. La culpabilité s’est substituée à la responsabilité, ce doit être un garde fou plus efficace. La vérité, dans mon système de croyance, c’est que l’on peut choisir d’être la seule autorité valable pour nous, dans cette vie. Ce qui n’exclut en rien la croyance en quelque chose de supérieur, qu’ils soient dieux, déesses, d.ieu un, autre… Voir, de ne croire en rien.

Le plus beau cadeau qu’ait fait le créateur dans un acte d’amour n’attendant rien, c’est le libre arbitre. Sa créature a la capacité d’être pleinement consciente d’elle-même, certains le sont même parfois à l’excès. Même si c’est difficile pour beaucoup d’entre nous, nous avons la capacité d’apprendre de nos erreurs, c’est le mouvement de la vie. Si seulement nous pouvions faire le choix, et le renouveler autant de fois que cela est nécessaire, d’accepter que l’expérience ne se transmet pas. Cette adage populaire est souvent servi sur lit de fatalisme, et bien moi je dis, heureusement qu’il en est ainsi. Qu’apprenons-nous le mieux si ce n’est de ce dont nous faisons l’expérience. Ne sommes-nous pas riches de nos erreurs ?

Le petit garçon regarde le poêle, c’est chaud, attirant, il tend la main. Maman n’est pas loin, elle arrête le geste du poupon et lui explique qu’il ne faut pas toucher à ça, que c’est chaud, qu’il va se brûler. Ensuite elle s’en va. Le bambin est seul, l’objet de son désir lui semble plus à portée que jamais, il tend la main, comprend tout un coup ce que signifie chaud et brûler.

Paulo Coelho, dans « Le guerrier de la lumière », étire une tirade où tous en bien des points nous pouvons nous reconnaître. « Tous les guerriers de la lumière ont menti. Tous les guerriers de la lumière ont trahi. … ont volé. » … et la liste est longue. La fin m’a arraché quelques larmes. « Et c’est pour ces raisons que ce sont des guerriers de lumière. » Quelle admirable réparation il effectue là. Dans la tradition juive, nous apprenons de nos erreurs. Dans la tradition Juive, D.ieu n’est pas accompli. Il évolue, innommable, inconnaissable, dans un insaisissable espace temps où il oscille perpétuellement entre l’accompli et l’inaccompli, entre la lumière et la ténèbres. Perpétuellement car tout un qu’il est, l’unité n’est pas de ce monde. Pour se parer de cet attribut d’unité, il lui faudrait quitter sa création. D.ieu se limite pour créer le monde, c’est là la plus grande preuve d’amour qu’il fait à l’être humain, il se place à son niveau, vit cet exemple qu’il nous propose de vivre. De l’inaccompli vers l’accompli, quittant l’accompli pour plonger dans l’inaccompli et ainsi de suite. La vitesse à laquelle tout cela se passe dépasse tout entendement humain et ferait pâlir de jalousie n’importe lequel des accélérateurs de particules suisses. Le but ici est de partager avec vous une croyance, une grille de lecture. Ce n’est pas la réalité, c’est ma réalité.

Entrons maintenant dans le vif de notre sujet, la toute première lettre introduisant le texte est beith, c’est à la fois une lettre et un mot, ce mot peut se traduire par maison et sa valeur numérique est de deux. C’est donc le nombre deux qui introduit la création, j’insiste sur cette lettre car elle a été choisie par l’Eternel. Un conte nous rapporte l’histoire de la rédaction de la Torah, toutes les lettres se sont présentées devant Adonaï, de la vingt-deuxième (tav), à la deuxième (beith). Aucune avant cette dernière n’avait trouvé grâce à ses yeux pour présider à la Création. On dit aussi d’elle qu’elle contient toute la Torah. Les cinq livres sont tout entiers contenus dans le premier. Le premier livre tout entier contenu dans le premier chapitre. Lui-même contenu dans le premier verset. Tout entier contenu dans le premier mot. Ce dernier tout entier contenu dans la première lettre, ayant pour valeur deux. Le aleph, la première lettre, n’ayant rien demandé, yod hé vav hé lui accorda qu’il présiderait au monde futur. Aleph a pour valeur un. On peut donc dire que le monde futur est unité et que notre monde actuel est dualité. Le deux aspire amoureusement à retourner au un, il en a la nostalgie. Pour se rapprocher de lui, il doit cheminer, se mettre en route, quête initiatrice le conduisant dans ses profondeurs, toujours plus profondément. L’homme et la femme de bonne volonté peuvent vivre cette expérience comme étant un marchepied donnant accès à de plus hauts plans de connaissance de nous, de consciences, et donc de la vie. « Connais-toi toi-même et tu connaitras les secrets des dieux et de l’univers. » Cette connaissance est toute autre chose qu’un instrument de parade, lorsque nous nous élevons dans de telles hauteurs, il est normal de plonger plus profondément en soi, dans ses profondeurs. Se connaître mieux pour monter plus haut encore, et en toute confiance plonger plus profondément encore. Ressortir victorieux pour gravir un échelon supplémentaire. Le voilà le plus beau cadeau fait à l’être humain, le libre arbitre, le pouvoir du choix. Choisir de frôler les hauteurs, dans un sens comme dans l’autre. Choisir que ce mouvement se fasse de manière toujours plus rapide. Comment ? Eh bien par exemple en choisissant de cesser d’être aussi auto-punissant, en choisissant de cesser de serrer toujours un peu plus ce cilice pour l’âme qu’est la culpabilité. Elle devient telle une drogue dans la vie de certains. Ce n’est plus à la faute qu’ils sont accro, c’est à ce qui suit. Ce sentiment désagréable envahissant le corps tout entier et donnant la sensation d’être en vie, la sensation seulement. Est-ce la vraie vie ?  Dans mon système de croyance, non. Est-ce à ce point une utopie de croire que nos actions peuvent être motivées par toute autre chose que la peur de la culpabilité ou le plaisir d’enfreindre tout et n’importe quoi. Nous sommes à mon sens, capables, individuellement, d’être la seule autorité valable pour nous même dans cette vie. Cela exclut-il la loi ? Non, bien sûr. Nous n’en sommes pas encore à vivre en totale harmonie les uns avec les autres. Nous sommes tous, à des degrés diverses, si indifférents à nous mêmes. Après tout, ce que nous travestissons tous au mieux, c’est notre âme.

Beith, la demeure, c’est aussi notre corps de chair. Cette lettre est utilisée aussi en tant que circonstanciel de lieu. « B Liège », à Liège. Découpons ce mot, la tradition l’autorise. Ce texte, pour être interprété du point de vue de la tradition Juive, doit être abordé dans la langue à la l’aide de laquelle il a été écrit. Lorsqu’il y a quelques siècles, les rabbins comprirent que la terre était bel et bien ronde, ils se sont penchés sur le texte. Sûrs qu’il ne pouvait-être que vérité ils ont cheminé vers une compréhension plus grande. Qu’est-ce que cette récente réalité scientifique pouvait leur apprendre ? A côté de quoi étaient-ils passés ? Ils ont choisi la voie de l’acceptation plutôt que celle de l’antagonisme et ce fût un ravissement d’enseignement qu’ils en retirèrent. Quelle sagesse. Beith est donc aussi le lieu, je dis aussi car dans la grille de lecture de la tradition chaque mot peut revêtir 32 significations simultanément. Voire plus, trente-deux est une valeur symbolique. Trois plus deux font cinq, ce chiffre symbolise que le moment est venu de réévaluer, c’est ce dont il s’agit, il est toujours possible de pénétrer plus avant ce que le texte cherche à nous dire. La vérité peut donc se conjuguer au pluriel. Beith est donc à la fois la maison, le corps, la dualité et le lieu. Le lieu se dit MaQoM en hébreu. Prenons quelques minutes pour s’intéresser aux pierres façonnant ce mot. Mem représente l’eau nos profondeurs, mayim, les eaux, le « qof » représente l’être humain se laissant harponner par le divin, celui qui est en connexion avec sa vérité intérieure. Mem, à la fin d’un mot, change de forme, de valeur et devient mem final, représentant l’accomplissement de ces profondeurs. L’accompli ne fait pas partie de ce monde. S’il n’y a plus de mouvement, il n’y a plus de vie. Le lieu c’est donc aussi le mouvement de la vie. Ce lieu où nous pensons être un fétu de paille balloté au quatre vents. Nous pouvons faire le choix faire le choix d’aller à la rencontre de nous-mêmes et d’accepter toutes les choses, même les plus horribles que nous ayons faites, comme ayant valeur d’enseignement. Et non comme un cinglant martinet à l’aide du quel nous nous auto-flagellons. Beith, la demeure, le lieu (nous venons de voir ce que cela signifie), mais c’est aussi l’initiale du mot barouk, bénir. Toute la création est donc bénie.

A suivre

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