Low Cost Art

décembre 13, 2009

Un plombier heureux.

Manger sa soupe, poudre aux yeux mouchetée de pain. Le pain racle le bol vide déjà, dire qu’il fût si peu rempli. Il nous quitta prestement laissant derrière lui un goût de trop peu.

Et puis merde, ce slogan est nul. La onzième tentative lamentable de ce soir. Il est trois heures du matin, il me reste deux clopes, une tasse de café. Il faut que je sorte. Et demain, je cesse de me prendre pour un publicitaire raté. Demain, je serai un plombier heureux, ou autre chose. Je serais jusque là un noctambule en pantoufles. Le peignoir ferait mauvais genre. J’ai opté pour un ciré jaune, et le chapeau assorti. Heureusement, le temps est d’une humeur jumelle à la mienne. Il pleut.

Il faut une quête pour se promener le soir. C’est la loi en vigueur chez nous. Les agents de l’ordre en ont une, s’assurer que tout les badauds soient occupés à la leur. La mienne sera d’en trouver une en chemin. Elle sera parfaite, d’ici à ce que j’en trouve une plus palpitante. Je ramasse les cigarettes et ne finis pas le café froid. Deux étages pour être dans la cave, un seul pour être dans la rue. Petit détour spiritueux, descendre m’a donné soif la soif a éconduit mon intérêt. C’est en compagnie d’une bouteille, de la lune et d’un poivrot (la loi est ainsi faite), que le pacte fût conclut. « Je m’engage à ne pas trouver le repos avant d’avoir finit de me délecter de ton nectar. » Ses lèvres contre les miennes, mes petits suçons, les frissons qu’elle me procure.

Cette pluie n’avait rien de tropical, si ce n’est le côté humide. Peut-être aussi le côté hostile de certains des autochtones rôdant là où elle s’abat. Personne à l’horizon cependant. Plus de lune non plus. Déjà que fort pudiquement emmaillotée dans les nuages, la voilà maintenant disparue en leur sein. À quelles pensées coquines se livre-t-elle donc ? C’est enfin établi par le monde scientifique : « Elle se cache quand elle rougit de honte. Peut-être rêve-t-elle d’un bilboquet qui pour un instant lâcherait le boulet auquel il est attaché depuis si longtemps. Un instant, quelques heures, une nuit. Elle s’en fout la lune. Elle voudrait juste un « je ne sais quoi » dont aucun mot ne peut rendre cas.

Toutes ces pensées érotiques me font me rappeler qu’il est impossible de choisir entre le pantalon ciré jaune et celui chamarré de motifs éléphant rose et bleu. Ne m’étant pas offert le cadeau du temps, l’idée de me rendre à la cave rendant le reste désuet… Je suis satisfait de m’apercevoir que mon habit tombe un peu bas. De telle sorte qu’il est presque impossible de remarquer l’absence de slip.

Ma bouteille et moi cheminâmes ainsi. Chevalier des temps moroses, moi. Mon fidèle destrier, elle. C’était sa première fois avec un garçon pour cette bouteille. Bien que je connaisse bien les flacons, cette marque m’est inconnue. Je me veux bien sûr rassurant, et devant elle, je joue l’habitué. Elle fait mine de me croire. Elle fait ça mieux que moi, je ne m’aperçois de rien. Elle m’enivre, ses baisers sont de feu et j’en garde le souvenir presque jusque dans l’estomac.

Tout est toujours très beau au début d’une histoire. Cette passion consume notre raison. La mienne devient floue, les siennes d’exister s’amenuisaient. C’est trop tard que je m’en aperçus. En une gorgée goulue, elle passa de quête à trépas. Pas le temps d’un adieu, ni celui des regrets. S’il avait vu la fin avant le début, il en aurait fait un commencement. C’est ce qu’il crie dans sa soulographie, et, mi gêné, mi sadique, il s’écrie : « Après tout, peu importe le flacon, tant que j’ai eu l’ivresse ».

Il me faut trouver une autre obsession, un but à poursuivre, une raison d’être dehors alors qu’il fait nuit. Je vais chercher des œufs. C’est assez vague pour élider toutes questions embarrassantes. « Ces œufs monsieur, ne sont-ce pas les vôtres ? » Et de répondre confiant : « Je le souhaiterais tant. ». Personne ne doit savoir tout l’ennui que je trompe lors de mes épopées nocturnes.

Lorsque je serai las, que le crépuscule se fera tout près d’être là, je sortirai les œufs blottis dans ma poche tout près des cigarettes. J’en saisis une et l’allume, je suis ivre, quel plaisir. Les longues marches m’ouvrent l’appétit. Deux œufs crus, dès le matin, c’est excellent pour la santé. Moi, je les digère mieux cuits et attendrai d’être rentré.

Derrière toute cette histoire, il y a une personne endormie, elle rêve. Est-ce un homme ? Une femme ? C’est important ? Ce sera ce que vous voudrez. Cette histoire, c’est vous aussi, parfois. C’est moi aussi, quand je rêve ma vie et que ça me prend tellement de temps que j’oublie de vivre mes rêves. L’émotion est un moteur, se passer d’émotion, c’est manquer d’énergie. Et si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie. Je me demande à quoi ça rêve un plombier heureux ?

Christophe Braloup

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décembre 8, 2009

Mi pute de luxe, mi punkette…

C’est pour elle que j’écris, et pour moi aussi. Espérant à demi-mot qu’elle lira ces lignes, qu’elle ne se reconnaitra pas.

Ma vie est faite de nombreux de ces instants magiques. Vous savez de quoi je veux parler ? Ces moments où l’on croit que le hasard articule d’étranges arcanes en se jouant du temps. Tous nous avons vécu des moments extraordinaires. Ces histoires sont souvent remplies de toujours, de jamais, de « d’habitude » et de bien d’autres qualificatifs fort évasifs. Nous nous en souvenons, et allons même parfois jusqu’à les vivre, comme si nous n’avions pas choisies ces aventures. C’est peut-être vrai… Le moins possible toutefois dans mon système de croyances.

Je pourrais essayer de vous faire croire, de me faire croire, que c’est par pur hasard que la punkette et moi nous sommes trouvés dans le même wagon. Assis de telle sorte que bien présents dans nos champ de vision. Je me mentirai et probablement ne me croiriez-vous pas.

Elle a des cheveux blonds, trop usés pour que cette couleur soit d’origine. Un grand sac sur le dos, un pull en laine suffisamment long pour couvrir ses fesses et au-delà. Elle est jolie ? Je dirais charmante. Un grand corps fin, sans être maigre. Des rondeurs qu’elle articule avec une grâce savamment dosée… C’est là tout le charme.

Il y a deux facteurs qui déterminent le prix demandé par un ou une professionnel du sexe. Sa capacité à séduire, et le niveau de désespoir au moment de sa vie où ils déterminent son prix. Plus le désespoir est grand, moins la capacité de séduire a de la valeur. Le rapport prestataire de service, client, se monnaie sur base de l’estime qu’a le vendeur de lui-même. Le marchand et le temple se confondent. Est-ce ça qui est tellement choquant ?

Sur le quai déjà nous nous étions aperçus. Elle est arrivée une minute ou deux avant le départ du train. Affublée d’un personnage joué à la perfection. En lettres capitales sur son visage était écrit : « Comment vais-je m’en sortir ? » Nous empruntons la même porte pour embarquer et dans ma tête, c’est très clair. Si elle prend à droite, je ferais connaissance avec elle. Si elle prend à gauche, je la suivrai peut-être. Elle a choisit de prendre à droite. J’ai choisi de faire sa connaissance.

Savez-vous que le corps peut parler ? Savez-vous qu’il parle même énormément. Il est bavard plus encore que le plus intarissable puits de parole que vous connaissiez. Nos corps se parlent, ils s’entendent et se répondent, sans même, le plus souvent, que nous en soyons conscients.

Ce pull, ni trop épais ni trop fin, souligne ses courbes qu’elle sait placer dans l’espace. Ce n’en est pas moins un jeu, j’ai nommé séduction. Un jeu sans naïveté, ou très peu, tout est sous contrôle. Elle est mi punkette, mi autre chose…

Comment le mot « pute » est-il devenu une insulte ? Georges Brassens se pose la même question au sujet du con dans sa chanson Le blason. Quelle drôle d’idée, faire d’un corps de métier une insulte.

Il y a de l’éducation dans ses mouvements. Un apprentissage qui se fait sur le terrain du : « Il faut plaire pour survivre ». Impossible de savoir ce qui me fait me le dire. Elle est mi punkette, mi autre chose…

Les clients de ces prestataires de service spécifiques et particuliers sont des clients. Lubriques, vicieux, malades, rien de bien insultant. Pour peu, ce serait presque une qualité remarquable que d’aller voire une pute.

Qui elle est vraiment ? Elle l’a gardé pour elle. Nous avons durant les quelques heures passées ensembles, très peu parlé. Elle a partagé les projets qui lui tiennent à cœur, comment elle les finance, et du rêve vers lequel elle se dirige. Nous n’avons pas fait l’amour, ni même dormi ensemble. En avais-je envie ? Probablement. Cela aurait-il servit notre plus haut bien ? Peut-être. Elle est mi punkette, mi pute de luxe. De quoi est-elle coupable ? De marchander la réalisation de fantasmes de messieurs fiers d’avoir les moyens de s’offrir une marchandise réservée à l’élite ? De financer sa liberté en se privant de son corps ?

Y aurait-il en nous, quelque part, une ou un prostitué tapis, sachant jouer de son corps et de son esprit ? C’est un moyen facile d’obtenir ce que l’on désire, en s’oubliant, ou en faisant comme si. Si facile de donner à l’autre ce qu’il veut entendre pour obtenir en retour ce que nous voulons. La prochaine fois que vous entendrez ces mots honteux, pute, putain souriez, soyez heureux. Et surtout, si vous y pensez, faite une prière, envoyez de l’amour, quel que soit le moyen. Chacun selon son système de croyance. Une pensée d’amour voyage bien au-delà de ce que nous imaginons. Est-ce l’autre que nous jugeons durement ? Est-ce nous à travers l’autre ? Le reflet dans le miroir, mon prochain ? J’ai eu la chance de vivre des moments très intimes avec des prostitués des deux sexes. Je vous le demande une fois encore, si vous y pensez, envoyez-leur de l’amour. Ils en vendent, c’est le terme technique pour élider le mot sexe de ce marché. Et pourtant, ils en manquent cruellement.

La punkette est partie, effrayée, aux petites heures du matin. Un homme l’avait accueillie, l’avait écoutée. Est resté impassible lorsqu’elle lui a fait par de sa fonction dans cette société. Lui a donné l’occasion de dormir, seule, de se reposer à l’abri. Cet homme n’a rien attendu, rien. Elle est partie effrayée, sans un sourire, sans baiser. Il avait fait le choix de l’accueillir, elle ne devait rien.

Elle est mi punkette, mi pute de luxe. Elle a choisit le prix de sa liberté. Elle n’aime pas ce qu’elle fait, ainsi que le travail de manière générale, et gagne très bien sa vie. Elle se prostitue ce qu’il faut pour le reste du temps être simplement, une punkette.

Fille du nord, si malgré tout tu te reconnais, qui sait ? Mi pute de luxe, mi punkette, je te le dis, discrètement à la fin du récit. Lorsque je te regarde c’est ni la punkette, ni la pute que je vois. C’est une fée muselée, derrière ta carapace, murmurant silencieusement qu’elle t’attendra le temps qu’il faudra.

3H33 A.M.

05-12-2009

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