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janvier 27, 2010

SEPTEMBRE

Filed under: Litérature,Roman feuilleton — braloup @ 9:04
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SEPTEMBRE

6h23, il fait calme encore. Quelques passants s’agitent à l’arrêt de bus, le froid est mordant et chacun a ses ruses pour s’en distraire… La circulation est rare, dans une heure ils seront des milliers à passer par ici. Ils iront rejoindre leurs vies, leurs travail, leurs uniformes… Et pour les plus chanceux, leurs maitresses, leurs amants. Ils se dirigent tous vers des directions où l’on va attendre d’eux qu’ils soient performants. En tout lieu le masque est de rigueur. Donner de soi une image, rendre la monnaie avec ou sans le sourire, c’est au choix. Se montrer fier ou timide et assumer quand même. Excuse-moi moumoune, aujourd’hui, impossible de bander, trop de pression. Tu n’es pas fâchée ? On se voit dans trois jours… Et une fois parti prendre conscience que l’on a oublié de lui dire qu’elle est toujours désirable et très belle. Ce n’est pas grave, je lui ferai livrer des fleurs. Partir se faire avaler avec les autres par la porte grande ouverte de l’usine, non merci…

C’est une habitude que Marc a pris il y a des années, chaque matin, avant de sortir de son lit, il griffonne sur un carnet la vision qu’il a du monde au réveil. Ses maîtresses en rient parfois, sont souvent curieuses, mais seulement quelques-unes ont eu la chance de s’y être promené à leur aise. Il n’y a jamais de date, seulement l’heure. Une vieille manie dont il ne narrait jamais l’origine. Il ne s’est pas marié, n’a pas eu d’enfant, a écrit deux pièces de théâtre qui n’ont encore jamais été jouées. Sa vie s’écoule doucement au rythme des saisons et de l’année scolaire. Septembre, automne, la rentrée, brun. Son casier judiciaire est vierge, il trouve sa vie un peu trop sage mais la préfère comme ça.

Elle, à ses cotés qui dort, c’est Aurore, c’est ce qui lui semble se rappeler, lorsqu’il l’a rencontrée, la nuit était déjà floue. Ils n’ont pas fait l’amour, il était rassuré tout de même, c’est ce que lui apportait une présence féminine chez lui. Au matin c’était toujours le même scénario. Il avait acheté, fort bon marché, un plateau repas dont les pieds étaient radio-commandés, il suffit de presser un bouton et les pieds se déplient et à l’aide d’une petite roulette la hauteur reste sous le contrôle de l’utilisateur. Tous ces gadgets l’ennuyaient un peu, mais ils impressionnaient toujours et ils rappelaient le statut social de l’utilisateur. Fort bon marché qui plus est. Un accessoire de célibataire et un déjeuner de chasseur de femmes. Plusieurs petits pots de confiture aux divers parfums, du beurre en portions individuelles, café, thés, croissants, … et un minuscule vase décoré aujourd’hui d’un petit tournesol.

Aurore ne se réveille pas mais peu importe, la rentrée n’a lieu que la semaine prochaine, elle a le temps. Quand elle sera réveillée et aura déjeuné il la prendra en photo et rangera celle-ci avec les autres dans son grand album. Souvent il oublie le prénom de ses princesses d’un soir, mais jamais leurs visages, pas encore. L’album qu’il conserve n’est pas à ses yeux un tableau de chasse, mais plutôt un aide-mémoire diffusant l’inquiétude de ne pas se rappeler. L’album ne s’ouvre que sur la pression de son pouce à un endroit connu de lui seul. Vous pourriez promener le vôtre tant et plus autour de l’objet qu’il ne se passerait rien, la reconnaissance digitale est partout maintenant. Tout est protégé de la même manière même ses carnets et la boîte où il range le café.

« Sélection matin câlin », cette simple phrase baigna l’appartement dans une douce ambiance musicale. « Forêt» et le paysage que semblait laisser apparaître les fenêtres se transforma…
(à suivre)

braloup

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juin 20, 2008

Roman feuilleton

…C’était un vagabond, il tutoyait Dieu et les étoiles. Il habitait dans sa veste avec pour annexe sa besace. Cette vieille sacoche plus âgée que lui l’accompagnait à chacun de ses pas, presque. Il était l’un de mes plus proches amis, il est mort, comme il a vécu, sans rien dire à personne. Il passait la nuit chez moi ce jour-là, un dimanche, comme notre Seigneur disait-il, je me repose après six jours de marche. Il ne restait jamais, ne s’arrêtait nulle part, jamais, sauf le samedi. Quel que soit l’endroit où ses pas le menaient, il ne partait que le lundi matin, tôt. Il était ainsi. Il ne s’annonçait jamais, et toujours quand il passait me trouvait. Je mentirais si je prétendais l’attendre, je regardais parfois la pendule au mur et tristement me disais, minuit et quart, il ne passera plus….

…Alors, je me dirigeais vers la chambre à coucher, triste et soulagé à la fois. Cette contradiction s’explique aisément. Peut-être pensez-vous que je l’enviais sa vie et lui ? Pas du tout. J’aime trop mon confort et ma routine. Certains disent qu’ils se sacrifient, moi j’ai fait des choix, c’est tout. Mais lorsqu’il était là, tout était différent. On eut dit qu’il colorait l’atmosphère du bout du doigt. Comment expliquer un phénomène que l’on perçoit seulement lorsqu’on n’est plus acteur. Que l’on ne peut entrevoir qu’au travers les persiennes du souvenir, quand les images sont plus floues. Lorsque le phantasme se superpose, calque transparent, au souvenir que l’on protège jalousement de peur que l’oubli n’en ait la garde exclusive. Et quand bien même, en spectateur averti, si l’envie me prenait d’observer plus attentivement cette inexprimable interaction, mon attention un instant se dissipait et, trop tard. Je lâchais prise, je m’abandonnais, mes bonnes résolutions s’évanouissaient pour que le lâcher prise m’envahisse complètement et que la réalité s’approche un peu, beaucoup parfois, du monde du rêve…

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